Projet CORCOPA

  • Projet Corpora

  • L’île Europa

  • Tripode équipé du matériel d’enregistrement (caisson étanche et hydrophone) et de stéréo-caméras pour l’évaluation des peuplements de poissons

  • Interface terrestre de la station d’enregistrement (alimentation du système et stockage de la donnée acoustique)

Site web :
Financement : BEST2
Mots-clés : récifs coralliens, conservation, éco-acoustique



Conservation Optimisée des Récifs Coralliens d'EurOPa par l'éco-Acoustique

Durée : janvier 2018 – décembre 2018 (12 mois)

Organisation pilote : Université de La Réunion

Porteur: Henrich BRUGGEMANN

Université de La Réunion

henrich.bruggemann@univ-reunion.fr

Doctorant : Simon ELISE

Université de La Réunion / S.A.S Nortek Méditerrannée

simon.elise@nortekgroup.co

Financement : programme BEST 2.0 (Commission Européenne)


Contexte :

Les récifs coralliens d’Europa font partie des 2% de récifs au monde encore préservés des impacts anthropiques directs. Sanctuaires de biodiversité marine, ils constituent une priorité de conservation absolue.

Les Terres Australes et Antarctiques Françaises - TAAF - assurent la gestion de l’île d’Europa, dont l’isolement rend les opérations de suivis écologiques complexes et coûteuses. Le suivi des pentes externes récifales est assuré depuis 2011 grâce à des campagnes dédiées (2011: BioRECIE; 2016: SIREME) qui ont apporté les premiers inventaires des peuplements benthiques et ichtyologiques des récifs d’Europa. Leur fréquence est néanmoins insuffisante pour permettre une gestion de ces récifs tenant compte de la dynamique temporelle des peuplements et adaptée à l’accélération des effets du changement climatique. Se posent notamment les questions suivantes : quelle est la dynamique de ces écosystèmes entre deux suivis ? Quelles sont les périodes d’activité biologique particulière (agrégations, migrations, …) ? Comment répondent ces écosystèmes aux perturbations majeures de plus en plus fréquentes (ex : blanchissement corallien en 2016 puis en 2017) ? A ces questions s’ajoute le problème de la pérennisation des campagnes du fait de leur coût important.

Description du projet

Le projet CORCOPA a pour objectif spécifique de renforcer et de pérenniser les capacités techniques des TAAF pour la gestion des écosystèmes coralliens des îles Eparses, et en particulier d’Europa.

Le projet propose la mise en place d’un outil de suivi innovant, opérationnel et peu coûteux, l’éco-acoustique, adapté à la fois à l’isolement d’Europa et au rythme des changements qu’expérimentent ses écosystèmes. En plein essor au niveau mondial, l’approche éco-acoustique est basée sur l’enregistrement passif du « paysage sonore » et son interprétation écologique.

En couplant enregistrements ponctuels des paysages sonores et évaluations visuelles des peuplements récifaux, l’équipe du projet vise dans un premier temps à définir les liens entre les caractéristiques du son ambiant et l’état écologique des peuplements associés sur les récifs d’Europa, afin d’établir un état acoustique de référence. L’installation d’une station d’enregistrement sous-marine autonome en avril 2018, permet désormais de réaliser et d’interpréter un suivi en continu de l’environnement sonore – diurne et nocturne – des récifs d’Europa.

Finalement l’équipe propose de transmettre aux TAAF un outil prêt-à-utiliser par des agents de terrain non-spécialistes de l’éco-acoustique, capable d’assurer le suivi à long terme de la biodiversité et des services écosystémiques et ainsi de contribuer à sa meilleure gestion.

Résultats escomptés

Piloté par l’UMR Entropie de l’Université de la Réunion, en collaboration avec les TAAF et la société Nortek Méditerranée, spécialiste en acoustique sous-marine, le projet prévoit d’atteindre les résultats suivants :

1. Un modèle de prédiction de l’état des peuplements récifaux d’Europa à partir d’indicateurs acoustiques et un état acoustique de référence ;

2. Un suivi en continu (24h/24h) du paysage sonore autour d’une station pilote et autonome durant plusieurs années avec une interprétation écologique des variations détectées ;

3. Une contribution au plan de gestion de l’île d’Europa grâce aux connaissances acquises par le suivi acoustique.

Compte tenu du caractère innovant de la méthodologie de suivi écologique proposée, un soin particulier sera apporté à la diffusion, auprès de différents publics, des informations relatives aux projets ainsi que des résultats préliminaires. Un documentaire retraçant le projet sera réalisé.



Actualité du projet (mai 2018)

La station d’enregistrement autonome a été installée avec succès. L’hydrophone est fixé au sommet d’un tripode ancré à 12m de profondeur sur la pente externe du récif d’Europa. Il est relié à une interface terrestre (alimentation, stockage de la donnée) par un câble sous-marin de près de 600m de longueur. La station enregistre en continue le paysage sonore du récif depuis le 23 avril.

Huit autres sites ont été échantillonnés acoustiquement sur les zones ouest, nord et est de l’île. Certains très pentus (tombants), d’autres presque plats, ils reflètent en partie la diversité des paysages récifaux d’Europa. En plus des données acoustiques, des données visuelles ont été collectées sur ces sites :

Des centaines de photos ont été prises sur chaque site afin de pouvoir reconstruire en 3D leur paysage (partenariat avec la thèse d’Isabel URBINA-BARRETO sur la modélisation 3D par photogrammétrie)

2h de vidéo ont été filmées par des stéréo-caméras autonomes afin d’évaluer l’assemblage de poissons présent sur chaque site (partenariat avec l’équipe de Laurent VIGLIOLA)

Plus de 50 photographies nocturnes en ‘timelapse’ ont été prises sur chaque site afin d’évaluer l’activité des peuplements de macro-organismes benthiques (crustacés, mollusques, échinodermes, ...)

La confrontation des données acoustiques et visuelles devrait nous permettre de mieux comprendre les liens existant entre caractéristiques du paysage sonore et

a) caractéristiques physiques du paysage (complexité structurelle, disponibilité en refuges…) ;

b) structure des communautés benthiques (coraux, macroalgues, …) ;

c) structure des assemblages de poissons

d) activité des peuplements de macro-organismes benthiques.

La compréhension de ces relations nous permettra à terme de mieux interpréter les données issues du suivi acoustique continu.

Les données acoustiques issues du suivi en continu seront analysées tous les 3 à 4 mois à partir d’août 2018. Des indicateurs acoustiques calculés sur ces enregistrements nous permettront de suivre la dynamique du récif au fil des mois. Des algorithmes de détection seront utilisés afin de quantifier notamment les passages de cétacés.

Intérêt pour la gestion

Cette station permanente enregistrera la réponse de l’écosystème aux futures perturbations (ex : blanchissements coralliens, cyclones) en temps-réel. Elle permettra ainsi de quantifier les impacts éventuels sur l’écosystème récifal, mieux appréhender ses dynamiques de réponse et décider d’éventuelles opérations de restauration peu de temps après une perturbation, contribuant à stopper l’érosion de la biodiversité associée à ces phénomènes.

Ce suivi aura également pour objectif d’identifier d’éventuelles périodes particulières d’activité des peuplements récifaux (ex : agrégations reproductives), pélagiques (ex : migrations des requins-marteaux ?) mais aussi de mesurer la fréquentation des eaux d’Europa par les cétacés. Ces espèces d’intérêt patrimonial fort sont particulièrement sensibles au dérangement durant leurs périodes de reproduction. Il importe donc d’identifier précisément ces périodes afin d’y limiter les dérangements humains (plongée sous-marine, mouillage des bateaux, …).

Les suivis acoustiques en continu ont vocation à compléter les suivis visuels réalisés tous les 5 ans. Ils permettront de resituer les résultats des suivis visuels dans le contexte de la dynamique globale de l’écosystème.

A terme le projet CORCOPA vise la transmission de cet outil de gestion aux TAAF. La formation de leurs agents de terrain à la maintenance, au dépannage de la station, à la collecte des données et à leur visualisation va accroître l’autonomie des TAAF pour la gestion de leur patrimoine maritime naturel.